La citoyenneté sénégalaise

Un peuple, Un but, Une foi : ces trois mots constituant un ensemble forment la devise de la République du Sénégal devenu indépendante en 1960. D’une simplicité apparente, ils sont pourtant munis d’un sens profond qui nous ramène pour chaque partie de cette devise à une vision, une ambition, un espoir pour la nation.

Une foi peut se traduire par la volonté de vivre ensemble, la croyance en un jeune nouvel État dont les objectifs spécifiques et globales pour être atteints doivent d’abord faire fi de foi.

Par ailleurs dans un État constitué 99 % de croyant, la foi constitue un élément important qui revoit aussi à la croyance.

La croyance se rapporte aux religions, en ses préceptes et enseignements, qui, a longtemps constitué le socle de notre nation en se fondant avec nos traditions dans notre vie quotidienne.

Ainsi la paix, la tolérance de nos diversités, le respect des femmes… sont aussi bien partagés par la religion que par les traditions sociétales ce qui permet d’avoir une liberté de culte diversifiée au Sénégal.

La liberté de culte peut se définir comme étant le droit pour un individu en conditionnalité avec sa foi d’avoir le droit de se conformer à ses prescriptions, ses interdits et ses recommandations sans qu’aucune entrave lui soit imposée dans le cadre de ses activités quotidiennes.

La constitution sénégalaise consacre le droit inaliénable à la liberté de culte en prévoyant des sanctions contre toute entrave à cette dernière.

Cependant, l’inscription de la laïcité dans la constitution tient d’une relation ambivalente entre les institutions religieuses et l’État. C’est ce qui permet de faire de la laïcité, un instrument politique de régulation sociale du religieux dont les usages peuvent être contradictoires selon que la perspective soit démocratique ou non.

Certaines entités ont profité de cette inscription de la laïcité dans la constitution pour passer outre le droit à la liberté de culte sans entraves et imposer dans des règlements intérieurs un certain nombre d’entraves pour ces dernières : expulsion d’élèves voilées, interdiction de prier dans les lieux de travails…

Les mesures d’entrave à la liberté de culte émise par ces entités privées sont – elles légales ? Le pourquoi de ces entraves doit être assujetti à la réflexion. Au cas échéant, il est nécessaire de créer une définition sénégalaise de la laïcité en impliquant les acteurs nationaux et en prenant en compte nos réalités sociétales ?

Un but : le but est un objectif à atteindre pour l’achèvement d’un ou de plusieurs objectifs. Le but peut aussi jouer le rôle de federalisateur pour un peuple en lui proposant des objectifs à atteindre dans un But précis.

Le Sénégal, une fois les indépendances survenues à chercher à mettre en place des objectifs généraux et des objectifs spécifiques afin de permettre a sa population de travailler en ce sens afin d’atteindre un but déterminé.

 L’origine du But à la naissance du Sénégal était de permettre une construction nationale. Elle prend en compte plusieurs facteurs comme la création d’un modèle type de citoyen sénégalais basé sur un idéal ou rêve que l’on ambitionne pour ses citoyens.

Le citoyen est celui qui participe de son plein gré à la vie de la cité. Il partage avec ses concitoyens le pouvoir de faire la loi, le pouvoir d’élire et, le cas échéant, d’être élu.

La participation aux élections n’est pas la seule manifestation de la citoyenneté et de l’attachement des Sénégalais à la vie collective. La citoyenneté se manifeste pour chacun par un ensemble de droits, mais également de devoirs. Ceux-ci prennent la forme, par exemple, du paiement de l’impôt, du respect des institutions étatiques, du respect des règles de bonne conduite, de la protection locale et individuelle de l’environnement…

Le comportement citoyen reflète la nature de l’État où il réside. Une population indisciplinée donnera à l’Etat l’image d’une entité laxiste… 60 années après les indépendances, à l’heure du COVID-19 et ses nombreux défis, face à une indiscipline, un laissé aller a tout azimut, dans une société ou la loi du plus fort commence à s’ériger comme une règle il convient de procéder aux diagnostics de l’homosenegalensis, de ses forces et faiblesses, des défis auxquels il est et sera confronté dans un proche avenir.

Un peuple : le premier élément de la devise du Sénégal, mais traité en dernier lieu ici est celui qui revêt le plus d’importance. Un État sans peuple n’est pas un État. L’unité d’un pays ne peut se faire sans une population à unir. La citoyenneté ne peut avoir d’existence sans citoyen…

Pour pouvoir s’unir, un peuple doit entre autres en avoir le désir, avoir un but, de partager une foi commune en un avenir certain, et aussi avoir une histoire commune qui la rattache à sa terre et la rend fière de son pays.

L’histoire commune des Sénégalais est très complexe en raison de l’existence de nombreux trous historiques, d’inepties et des déformations historiques.

Prenons exemple sur le nom de notre patrie Le Sénégal et de son origine : combien de sénégalais peuvent dire exactement d’où provient son nom ?

Les historiens eux, ne sont pas d’accord sur l’origine du nom et trois thèses s’affrontent. En effet s’il y a un mot qui marque un désaccord entre historiens et demeure foncièrement méconnu des populations c’est bien l’origine du vocable SÉNÉGAL. Dans le débat public, la théorie de l’abbé Boilat exposée dans ses « esquisses sénégalaises » en 1853 semble avoir été retenue pour sa facilité. Il l’attribue à Denis Fernandez qui sera parvenu en 1446 au fleuve. En effet, il prête le nom Sénégal à une déformation de « sunu gaal » qui signifie notre pirogue censée être la réponse d’un pécheur au premier explorateur arrivé sur le fleuve en pointant du doigt le fleuve espérant en découvrir le nom. Cette théorie facile et historiquement impossible est de plus en plus remise en cause par de grands intellectuels.

Ce territoire appelé aujourd’hui Sénégal était constitué de royaumes à l’arrivée des colons. La thèse de la réponse « ici, c’est la frontière » en réponse berbère « Sagui nughal » qui subira la déformation européenne pour donner Sénégal… parait non plausible elle aussi.

Pour comprendre l’origine du vocable, il faut revisiter l’histoire du peuple Amazigh qui occupa tout le Maghreb occidental jusqu’aux portes de Ndar ancienne capitale de l’AOF. Trois tribus forment essentiellement ce groupe de commerçants : les masmoudas, les zénétes et les zénagas. C’est cette dernière tribu traduite en tamazight « Iznagen » ou fils de znag mieux connu comme Zenaga depuis le XIIIe siècle. Ibn Khaldoum, célèbre sociologue, compte sur les Sanhadja parmi les sept grandes tribus de Barmass fils de Mazigh qui est l’ancêtre des berbères… le fleuve était une frontière naturelle pour les zenagas avec l’ancien empire du Djollof qui fut à l’origine du nom que les explorateurs portugais donnèrent connaissant bien cette tribu qui fut arrivée à leurs portes en Espagne. C’est la manière de nommer ces peuples qui consacra… la région au-delà du fleuve comme Regnum Senegae…

C’est la renaissance française et sa réorganisation qui organisa la glissade de Senegae sur les cartes du XVIe en latin en Sénégal/Sanaga deux siècles plus tard.

En conclusion, le nom Sénégal n’est que la francisation du nom que des navigateurs portugais donnèrent au fleuve eu égard aux zénagas1

Ce brouhaha historique et les relations avec l’occident sont passés successivement de la mise en place de comptoir commerciaux au large des côtes favorisant le commerce d’esclave noir destiné aux Amériques, avant de déboucher sur des missions d’explorations des terres, suivies de mission d’évangélisation avant de se transformer en colonisation physique, économique et culturelle aboutissant au final à une indépendance de forme en 1960 montrent une complexité à restituer et à connaitre notre passé. L’histoire est écrite par les vainqueurs et ces derniers ont l’habitude dans la restitution des faits à travestir en rabaissant, écrasant et se donnant le rôle de sauveur civilisateur des peuples vaincus.

En delà de l’origine du nom du pays c’est la méconnaissance de l’histoire générale du Sénégal qui ressort et un peuple sans histoire est un peuple sans âme.

Face à cette problématique de connaissance historique, à un moment ou la jeunesse rejette toutes formes de présence du passé colonial, il conviendrait de connaitre la réelle relation de la jeunesse avec le passé colonial et qu’elle résultante et enseignement doit on en tirer pour l’intégrer à la fiche de citoyenneté. Doit-on se réconcilier avec le passé colonial ou doit-on l’éliminer (enlever statut et monument colonial, changer les noms des rues, boulevards etc) ou la présenter sous une forme très sombre de notre histoire ?

Par Saliou BOCOUM / Membre du Pôle Scientifique

Source : La république privée du Sénégal

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